1er septembre 2012

Montluçon et ses environs (03)

Notre 83e excursion s’est déroulée dans la région de Montluçon. Elle nous a permis de découvrir un patrimoine passionnant et varié, le plus souvent ignoré des Creusois.

Huriel

Le premier arrêt était prévu à Huriel, une des sept communes constituant le centre de la France, aux confins de trois départements et de trois régions. Ancienne ville close, Huriel, qui compte aujourd’hui quelques 2 500 habitants, fut longtemps un lieu stratégique important.

Après le petit pain au raisin traditionnel et reconstituant, notre attention se fixa, pour l’essentiel, sur le monumental donjon carré de la Toque construit au XIIe siècle et remanié aux XVe et XVIe siècles. Vestige de l’ancien château seigneurial, il est un des rares donjons médiévaux militaires en parfait état en France. Primitivement coiffé d’une toque pointue à quatre pans qui lui valu son surnom, il est depuis 1903 couvert d’une terrasse qui culmine à 25 mètres permettant aux visiteurs d’embrasser un large panorama. Une maquette en bois du château, installée dans une des tours restaurées et ingénieusement évolutive, nous permit de comprendre les différentes phases de construction de l’édifice. Une visite des salles hautes du donjon compléta nos connaissances sur l’histoire d’Huriel qui, importante cité du Berry durant le haut Moyen Âge, entra dans la mouvance bourbonnaise au XIIe siècle. La cave voûtée, quant à elle, nous fit découvrir la reconstitution d’une cave de vigneron ainsi qu’un petit musée de la vie rurale bourbonnaise. En effet, au siècle dernier, un vignoble important (1 200 hectares, un tiers de la commune), constituait le premier revenu d’Huriel. En 1886, il fut ravagé par le phylloxéra. Actuellement, il est réduit à 6 hectares.

À l’issue de ces visites, une partie d’entre nous affrontèrent les 105 marches conduisant à la terrasse, les autres décidèrent de se rendre, à quelques centaines de mètres de là, à l’église Notre-Dame. Celle-ci, contemporaine du donjon (XIIe siècle), fut un temps le siège d’un prieuré bénédictin dépendant de la riche et puissante abbaye de Déols en Berry. Son architecture soignée est le fruit de multiples influences, berrichonne, tout d’abord (passages latéraux entre la nef et les bras du transept), auvergnate, ensuite, avec un clocher octogonal qui fait penser à Orcival, limousine, enfin, avec l’ornement et la sculpture des murs multipliant boudins et colonnettes comme à Saint-Léonard-de-Noblat. Entre autres objets mobiliers remarquables, elle possède une grille en fer forgé, constituée d’éléments reliés sans soudure ni rivets, datée des XIIe, XIIIe siècles.

La chapelle de la croix verte

Notre rendez-vous suivant, au cœur de Montluçon, nous fit découvrir la chapelle de la Croix-Verte. Cette chapelle édifiée, entre 1862 et 1864, à l’initiative de Louise- Thérèse de Montaignac fondatrice de l’Institut des Oblates du Cœur de Jésus « pour être un témoignage de la foi au cœur de la ville », a été agrandie en 1922 par l’architecte M. Saffroy qui, s’inspirant de la crypte de la Sainte-Chapelle, créa ainsi un ensemble néogothique surprenant. Les portes de bois ont été réalisées par des orphelins apprentis menuisiers ; les colonnes aux fleurs de lys sont en métal, fondues, tout près de là, aux usines Saint-Jacques. Le maître verrier limougeaud Francis Chigot en a conçu et réalisé les vitraux, exceptés ceux du chœur, entre 1918 et 1930.

Le canal de Berry

À l’issue du repas, nous avons rejoint l’ancienne gare d’eau de Magnette (commune d’Aunes) au nord de Montluçon. À l’époque de l’exploitation du site, trois fours à chaux, encore présents aujourd’hui mais désaffectés, étaient alimentés par les cargaisons de calcaire et de charbon que transportaient les péniches. Aujourd’hui, propriété de la Communauté de communes du Val du Cher, les bâtiments accueillent un musée consacré à l’histoire du canal de Berry et à la vie des éclusiers et mariniers.

Le canal de Berry, canal latéral au Cher, était constitué de trois branches distinctes qui se rejoignaient à Fontblisse, commune de Bannegon (Cher) ; il avait une longueur de 264 kilomètres. Construit entre 1809 et 1845 il fut utilisé jusqu’en 1945 puis déclassé et aliéné en 1954. Aujourd’hui, les collectivités et les associations se regroupent pour réhabiliter le canal et le faire vivre ainsi que les territoires qu’il traverse.

En alternance, les uns purent consulter des plans d’époque, s’attarder sur des panneaux explicatifs, visionner une vidéo, observer des objets rassemblés dans des vitrines (4 000 pièces récupérées grâce à des dons par l’Amicale laïque de Reugny), pendant que les autres, guidés le long du canal, observaient des bateaux comme Le Frêne, péniche en métal, ou L’Aramis, une des rares péniches en bois toujours existante et à flot. Ces bateaux, conçus pour naviguer sur un canal à gabarit réduit, n’excédaient pas 2,60 m de large pour 27,50 m de long. Ils ont été sauvés des eaux où ils pourrissaient puis ramenés à Magnette et restaurés grâce à une équipe de passionnés.

Cette visite fut une belle et vraie découverte pour les profanes que nous étions et l’enthousiasme de nos guides fut certainement un élément de notre satisfaction.

Le château de Bien-Assis

Pour terminer la journée, retour à Montluçon où nous étions attendus au château de Bien-Assis par nos confrères de l’association Les Amis de Montluçon dont il est la propriété et le siège associatif.

Le château est un manoir typique du XVe siècle sans système défensif. Condamné à la démolition lors de l’urbanisation du quartier, il a été sauvé par Les Amis de Montluçon qui l’ont acheté et restauré. Aujourd’hui, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, il abrite la bibliothèque et les collections, très variées, que la société a rassemblées depuis sa création en 1911. Les travaux de restauration se poursuivent, notamment pour une salle du rez-de-chaussée dans laquelle des peintures murales de la fin du XVe ou du début du XVIe viennent d’être découvertes.

Notre visite des lieux terminée, un pot convivial servi dans la bibliothèque donna l’occasion d’échanges entre les deux sociétés. On ne manqua pas d’évoquer la mémoire d’André Guy, disparu en 2008, président des Amis de Montluçon de 1950 à 1994, il était un membre fidèle de notre société.

Une belle façon de conclure une journée, comme on le voit, bien remplie.

Gilliane Rommeluère, Jean-Pierre Verguet